Archive for February, 2010

Interview: Eghigian on the History of Madness

As mentioned in an earlier post, Greg Eghigian has just published From Madness to Mental Health:  Psychiatric Disorder and its Treatment in Western Civilization (Rutgers University Press).  It is an edited collection of documents covering the history of madness and mental illness from ancient times to the present.  You can now hear a podcast interview with him about the book. Just click here

Transsexualisme et psychiatrisation


Deux points nodaux entourent la déclaration politique de Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, sur une éventuelle dépsychiatrisation via sa sortie des « affections de longue durée » de la classification de la Sécurité sociale ? L’une concerne le statut médico-légal de la psychiatrie (en quoi la psychiatrie est-elle compétente ?) et le statut de « maladie mentale » apte à distinguer le sain du pathologique, le « normal » de « l’anormal ». Dépsychiatrisation ou déclassification administrative de la prise en charge ? Comment vont être régulées les transitions médico-chirurgicales et juridiques ? Que « dépsychiatrise-t-on » derrière cette déclassification, s’interroge la communauté trans ? En question, le statut des liens entre médicalité et légalité et la contestation de terrain soulevant la « psychiatrisation des différences » sur le mode de l’inégalité des « sexes sociaux » et l’ethnicisation majorité/minorité d’une partie de la population dans une démocratie moderne. Plus largement, le débat d’idées sur le terrain des identités sexuelles concurrencées conceptuellement par les « identités de genre » décrit dans la déclaration des principes de Jogjakarta[1] et plus récemment le rapport de Thomas Hammerberg[2] reliant le fait universel « trans » aux droits universaux de l’Homme.

Historiquement et depuis les travaux de Harry Benjamin en 1953 distinguant homosexualité et transsexualisme à la version IV du DSM remplaçant  « trouble mental » par « trouble de l’identité de genre », la définition n’a cessé de dédiagnostiquer le « sujet mental » en « sujet social ». Tout se passe comme si, rendu visible, il se défaisait  du cadre qui l’avait constitué en le plaçant dans une aporie conceptuelle hésitant entre soins et mutilation, délire et énigme et constituant le différent en Autre, premier pas vers une « affection » non constituée cliniquement. Le cadre « psychiatrique » semble désormais brûler la délégation politique à l’instance psychiatrique chargée de son contrôle au cas par cas. De psychiatrique, l’objet n’en a que le nom de l’instance et la forme de son contrôle via un protocole dont le seul rôle est le contrôle de la conception de la « différence des sexes » régulatrice d’un type de société. Retour sur un historique que propose Karine Espineira[3] :

En 1953, le Dr Harry Benjamin[4] décrit le transsexualisme comme une entité nosographique qui n’est ni une perversion, ni une homosexualité : « Le transsexualisme est le sentiment d’appartenir au sexe opposé et le désir corrélatif d’une transformation corporelle ». En 1968, Robert Stoller définit à son tour le transsexualisme comme « la conviction d’un sujet biologiquement normal d’appartenir à l’autre sexe ; chez l’adulte, cette croyance s’accompagne, de nos jours, de demandes d’interventions chirurgicale et endocrinienne pour modifier l’apparence anatomique dans le sens de l’autre sexe »[5].

En 1982, René Küss donne cette définition[6] : « Sentiment profond et inébranlable d’appartenir au sexe opposé, malgré une conformation sans ambiguïté en rapport avec le sexe chromosomique et besoin intense et constant de changer de sexe et d’état civil ». En 1984, le DSM-IIIR classe le transsexualisme dans les troubles de l’identité sexuelle[7].

En 1987, Charles Frohwirth, Jacques Breton et A. Gorceix  reprécisent[8] : « Le transsexualisme est une affection mentale rare qui consiste, chez un sujet normalement constitué, en la conviction d’appartenir au sexe opposé. Cette conviction est précoce, permanente et inébranlable.

Les définitions posent toutes le « sujet trans » dans ce rapport à la binarité biosociale que recoupe les Descriptions cliniques et directives pour le diagnostic[9] dont les concepts sont empruntés aux discours pathologisant l’homosexualité. Ainsi, « l’inversion de l’identité sexuelle » devient-elle un « trouble de l’identité sexuelle ». Notons également que le point A soutient/produit la définition B : A. Identification intense et persistante à l’autre sexe ; B. Sentiment persistant d’inconfort par rapport à son sexe ou sentiment d’inadéquation par rapport à l’identité de rôle correspondante. Ce qui est socialement exact, lié à une tradition historique, va devenir cliniquement exact, non lié à une tradition et une société, ce que démentent l’anthropologie et la recherche de terrain par les collectifs et les chercheurs-euses. En France, le début du contrôle est historiquement lié au mariage de Coccinelle et non par le nombre de demande ou l’inefficacité des suivis se réduisant à une réaffirmation du « modèle de société ». Les attendus de la psychiatrie manquent totalement. Répondre à cette demande oblige donc à constituer des dès lors que le « fait trans » devient socialement visible. L’étude du Président Scherber par S. Freud va devenir ainsi, ce cas princeps après coup que va compléter Lacan. Dès lors, les définitions vont se succéder mais toutes empruntent à une pathologisation du sujet.

Les modalités de la prise en charge suivent fidèlement la crispation qui perdure dans cette hésitation entre « valider un délire » ou répondre pragmatiquement dans le sens du modèle « binaire » de société qui vient constituer en creux un sujet non-sujet. A partir des années 80, on opère en France mais elles sont strictement cadrées par la règle d’indisponibilité de l’état de la personne instituée en loi juridique et sociosymbolique et non par un cadre médical. Le « légal » d’une norme surplombante vaut pour diagnostic non du transsexualisme (de l’aveu des psychiatres, il est toujours cette « énigme ») mais du cadre de contrôle. Outre la totale dépendance à un psychiatre composant sa « compétence » en décidant qui est qui, triant transsexes et transgenres sur quelques critères, les opérations sont régulièrement ratées, les chirurgiens déclarant qu’ils « sont sous le coup de la loi » et la législation « mise devant le fait accompli ». Les trans, une patate brûlante ? En terme pratique, le chiffre de quelques personnes opérées par an, cadre en fait l’exercice dans la décennie 80’. On maintient les personnes trans dans un isolement, social comme conceptuel, que même l’intégration dans le nouveau genre peine à asseoir la reconstruction psychosociale d’où le chômage récurrent. Le sujet trans doit rester une exception silencieuse sans recours que va partiellement rompre la condamnation de la France par la cour européenne en 1992 lui enjoignant une solution administrative au problème des papiers d’identité. Les valeurs associées à des formes d’identités historiquement datées et institués en sont l’enjeu d’un débat politique et non un débat scientifique et philosophique.

Une telle décision est une décision de société et non une (simple) décision politique. La dépsychiatrisation prend le sens d’un changement de société et un exemple parmi d’autre des savoirs queers reformulant ces formes et instillant ce « trouble » dans l’ordre des genres alignés sur la croyance de la différence fondatrice des sexes . La France est le premier pays au monde à sortir le transsexualisme de la liste des affections psychiatriques ? Elle va devoir revenir sur tous les discours, thèses, théories qui ont composé une opprobre culturelle de fond telle que la HALDE (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité) hésite encore et toujours à prendre parti et faire de la transphobie un crime comme l’homophobie, le racisme et le sexisme.

Maud-Yeuse Thomas

chercheuse indépendante

http://natamauve.free.fr

fondatrice de Sans Contrefaçon avec Karine Espineira


[1] http://www.yogyakartaprinciples.org.

[2] http://europe-liberte-securite-justice.org/2009/07/30/les-droits-fondamentaux-des-personnes-transgenres-doivent-etre-respectes-thomas-hammarberg-commissaire-aux-droits-de-l’homme-du-conseil-de-l’europe/

[3] Karine Espineira, La transidentité. De l’espace médiatique à l’espace public, Ed. L’Harmattan, 2008.

[4] Benjamin, H. Transvestism and transsexualism. Int. J. Sex. 1953.

[5] Stoller R.J. Recherches sur l’identité sexuelle à partir du transsexualisme, Gallimard, 1978. Collection : connaissance de l’inconscient, p. 406. La version anglaise date de 1968.

[6] Küss R. Rapport de la séance du 29 juin 1982.

[7] DSM IIIR, Washington DC, 1984, Paris, Milan, Barcelone, Masson, 1996, pp. 74-77.

[8] OMS, (1993b), F64.x Troubles de l’identité sexuelle, in CIM-10 / ICD-10 Classification internationale des troubles mentaux et des troubles du comportement. Descriptions cliniques et directives pour le diagnostic, Genève, Paris, Masson, p. 123.

CFP – ‘The Stimulated Body and the Arts: The Nervous System and Nervousness in the History of Aesthetics’ Conference

Centre for the History of Medicine and Disease

Durham University, UK

This conference will discuss the history of the relationship between aesthetics and medical understandings of the body. Today’s vogue for neurological accounts of artistic emotions has a long pedigree. Since G.S. Rousseau’s pioneering work underlined the importance of models of the nervous system in eighteenth-century aesthetics, the examination of physiological explanations in aesthetics has become a highly productive field of interdisciplinary research. Drawing on this background, the conference aims to illuminate the influence that different medical models of physiology and the nervous system have had on theories of aesthetic experience. How have aesthetic concepts (for instance, imagination or genius) be grounded medically? What effect did the shift from animal spirits to modern neurophysiology have on aesthetics?

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CFP – Du front à l’asile. Expériences de la folie de la Grande Guerre aux années vingt

Comment l’asile a-t-il traversé la Grande guerre ? Est-il possible de parler de l’expérience des soldats internés durant le conflit et parfois pour de longues années ? L’historiographie la plus récente et la mémoire professionnelle, insistant toutes deux sur le rôle majeur de la Seconde Guerre mondiale comme matrice de la révolution psychiatrique du XXe siècle, ces questions portant sur la période précédente sont pour l’essentiel restées incongrues ou inopérantes.

Cette journée d’études prospective propose d’interroger la place de la Grande guerre dans cette histoire en s’ouvrant aux autres disciplines, aux problématiques issues de l’historiographie portant sur le premier conflit mondial, et en se nourrissant des travaux des historiens anglo-saxons et allemands qui montrent pour d’autres pays européens comment la Grande guerre a pu contribuer à transformer les pratiques psychiatriques et les conceptions scientifiques, le vécu des sujets et leur place dans l’institution. Sans privilégier une source en particulier, il s’agira donc au cours de cette journée de travailler selon deux axes de recherche : l’expérience institutionnelle asilaire de la guerre et son impact dans l’entre-deux-guerres, la description de l’expérience individuelle et familiale de la folie du front à l’asile.

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History of Bipolar Diagnosis in Children

National Public Radio has aired a story that examines the history of the increasing diagnosis of children with bipolar disorder in the United States.  The draft of the DSM-V that was just recently released attempts to mitigate against this trend with its proposal for a new diagnostic category: Temper Dysregulation Disorder.

You can access the NPR story at http://www.npr.org/templates/story/story.php?storyId=123544191

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