French Sociologist Robert Castel dies at 79

5463590-robert-castel-et-les-metamorphoses-du-pauvreLe sociologue et historien Robert Castel est mort mardi 12 mars 2013 à l’âge de 79 ans. Figure importante de la vie intellectuelle en France ces dernières années, observateur inquiet des transformations du rapport des sociétés contemporaines à leurs vulnérabilités, il est peut-être avant tout pour les lecteurs de ce blog l’auteur de certaines des analyses les plus fécondes des transformations des psychiatries françaises et américaines des XIXe et XXe siècles. Proche de Michel Foucault et de Pierre Bourdieu, il a développé autour de ces objets, de la fin des années 1960 au début des années 1980, une trajectoire de recherche à la fois originale et d’une grande cohérence, caractérisée par une capacité à se saisir de façon ramassée de la moyenne durée des processus sociaux en même temps que par une attention à la texture même des discours qui faisaient la matière de ses analyses. L’une des forces de son oeuvre a par ailleurs été sa sensibilité aux transformations à l’oeuvre sur les terrains qu’il observait au moment même où il les observait. D’abord préoccupé comme la plupart des observateurs et acteurs de la psychiatrie de son époque par la question de l’institution psychiatrique, dont il a montré le caractère instituant pour la psychanalyse des années 1960 (Le psychanalysme, 1973) avant d’en rechercher l’origine dans la genèse de la loi du 30 juin 1838 fondatrice de l’assistance psychiatrique en France (L’ordre psychiatrique, 1976), il a su déplacer son regard pour identifier en dehors de la psychiatrie institutionnelle les nouvelles façons de constituer et de gouverner le normal et le pathologique dans le champ psy de la fin des années 1970 (La société psychiatrique avancée co-écrit avec Françoise Castel et Anne Lovell, 1979 et La gestion des risques, 1982). L’analyse qu’il a proposé des travaux des stratégies de gestion des populations à risques dans la nouvelle politique sociale des gouvernements de Valéry Giscard d’Estaing a joué un rôle important pour les analyses anglo-saxonnes des formes de gouvernementalités par le risque à l’oeuvre dans les sociétés libérales avancées tandis que ses perspectives sur les façons dont les pratiques psychothérapiques et le discours psychologique de l’après 1968 tendaient à constituer “le social d’un monde sans social”, contribuant à l’émergence d’une nouvelle forme d’ “asociale sociabilité”, restent l’une des analyses les plus pertinentes de la contribution des disciplines psy à l’individualisme contemporain. Au-delà de ses engagements académiques Robert Castel était par ailleurs animé par une certaine idée de l’exercice de la psychiatrie qu’il a défendue avec son épouse, Françoise Castel, auprès notamment du psychiatre italien Franco Basaglia. La disparition de ces deux figures a sans doute joué un rôle dans la réorientation qu’il a donnée à ses objets de recherche à partir de la seconde moitié des années 1980. Après un travail sur les sorties de toxicomanie, il s’est engagé dans l’élaboration de ce qui est devenu le second grand moment de son oeuvre, Les métamorphoses de la question sociale (1995), analyse sur le long terme de la constitution et des métamorphoses du salariat comme condition sociale et politique, par ailleurs élargissement à l’ensemble des formes de vulnérabilités ou de désaffiliations des analyses qu’il avait consacrées à la maladie mentale. D’une grande lucidité sur son propre parcours, il a aussi consacré ces dernières années des pages pénétrantes au devenir de la posture de critique sociale qui était celle des sociologues de sa génération dans les années 1960 dans un monde marqué par la fin des utopies et du volontarisme intégratif. Si sur l’ensemble de ces objets ses analyses appellent parfois la discussion, si en particulier celles qu’il a consacrées à la psychiatrie mériteraient une réappréciation d’ensemble, elles forment néanmoins un ensemble impressionnant, auquel tout sociologue ou historien intéressé par les transformations contemporaines de la psychiatrie et du social est appelé se confronter à un moment ou autre.

Nicolas Henckes

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