Review – DELIGNY Fernand, Œuvres

DELIGNY Fernand, Œuvres, Paris, Edition de l’Arachnéen, 2007, 1845 pages.

L’histoire n’a pas encore décidé si elle retiendrait Fernand Deligny (1913-1996) comme écrivain, cinéaste, éducateur ou antipsychiatre. De fait, le choix n’est pas facile car, dans chacun de ces rôles, il lui est arrivé d’exceller et il suffit pour s’en convaincre de feuilleter l’édition à la fois volumineuse et magnifique de ses œuvres établie par Sandra Alvarez de Toledo. Le Deligny qui devrait plus particulièrement intéresser H-Madness y est particulièrement bien représenté puisque près de 1000 pages sont consacrées aux traces (surtout des écrits mais aussi des montages de photographies et de dessins particulièrement réussis) de projets menés avec des enfants autistes ou assimilés. On relèvera en particulier les textes et les photomontages de ces deux chefs-d’œuvre cinématographiques que furent Le moindre geste (1962-1971) et Ce Gamin, là (1975)1. A noter également la réédition de presque tous les textes qui ont accompagné la « tentative » cévenole, soit la « présence proche » d’adultes sans qualités auprès d’enfants autistes : initiative qui, discrètement, se poursuit toujours près d’un demi-siècle plus tard. Il n’était peut-être pas indispensable de reprendre tous les livres car on y trouve un nombre croissant de répétitions et j’aurais personnellement préféré une réédition du fabuleux roman injustement pilonné La septième face du dés (Hachette, 1980) au laborieux Traces d’être et bâtisse d’ombre (1983)… Mais je reconnais volontiers qu’on peut ainsi suivre l’évolution d’une pensée dont l’intérêt n’a probablement pas encore été pleinement mesuré. Elle nous est désormais préservée dans un écrin et, au-delà du cheminement à partir de l’autisme, l’édition des Œuvres permet de faire le lien entre l’instituteur à l’asile d’Armentières, le directeur du Centre d’observation et de triage de Lille, l’initiateur de la grande Cordée, le réfugié à La Borde et finalement l’ermite de Graniers. Par contraste avec l’écriture de plus en plus ésotérique de Deligny à la fin de sa vie, le fil qui lie ses différents projets est aussi limpide que l’eau de roche qui fascinait tant Janmari : délinquants ou psychotiques, il s’est toujours agi de mettre en place des dispositifs tels que des jeunes pour lesquels la société n’avait prévu qu’une place confinée (en asile ou en prison) puissent trouver l’espace de déploiement d’une existence qui leur ferait aimer la vie. Qui dit mieux ?

Jean-Michel Chaumont

1 Ces films sont disponibles en DVD dans « Le cinéma de Fernand Deligny », http://www.editionsmontparnasse.fr/product?product_id=1003

2 thoughts on “Review – DELIGNY Fernand, Œuvres

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s