« Folie et déraison » : regards croisés sur l’évolution juridique des soins psychiatriques en France

4493054-6743853Argumentaire

La loi du 5 juillet 2011, modifiée par la loi du 27 septembre 2013, a réformé en profondeur les modalités de prise en charge des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques. Cette loi a remplacé celle du 27 juin 1990 « relative aux droits et à la protection des personnes hospitalisées en raison de leurs troubles mentaux », qui s’était elle-même substituée à la loi « sur les aliénés » du 30 juin 1838. Le but poursuivi par le législateur ? Garantir la défense de la société et l’intérêt public et assurer le respect du droit des personnes malades. Mais l’absence de législation avant 1838 ne signifie pas que l’arbitraire règne ou que les intéressés soient délaissés. Avant et après la Révolution, la situation des aliénés et leur éventuelle privation de liberté relèvent de l’autorité publique selon des règles assez complexes et encore aujourd’hui peu méconnues.

Sous l’Ancien Régime, il n’existe ni législation spécifique sur l’enfermement des « fous », ni d’établissement qui leur soit réservé, ni non plus de personnel spécialisé. La création des hôpitaux généraux soumet, il est vrai, une partie des aliénés d’esprit à un nouveau régime mais qui ne les vise pas spécifiquement à l’origine. Cela ne signifie donc pas absence de règles. Plusieurs autorités ont ainsi le pouvoir de prononcer l’enfermement d’un « insensé » dans le cadre de procédures régies par l’usage et précisées par la jurisprudence. A ce système hybride, administratif et judiciaire, succède une période de « judiciarisation » de l’internement. Cette période, qui voit naître, croître et décliner l’asile et l’aliénisme, s’étend de la toute fin du XVIIIe siècle à la fin de l’entre-deux-guerres. Enfin, dès la fin du XIXe siècle, la psychiatrie prend une autre dimension et nombre de théories sont formulées pour décrire la maladie mentale (paranoïa, démence, dégénérescence, névrose, hystérie…). La « psychiatrie » devient une spécialité médicale et des moyens lui sont donnés, permettant d’envisager les pathologies sous l’angle de la thérapie.

Au regard de cette évolution, de nombreuses questions se posent. A quelle autorité doit être confié le soin d’ordonner, d’autoriser, de contrôler ce que l’on a successivement dénommé le renfermement, la réclusion, l’isolement, le placement, l’internement, les soins sous contrainte ou sans consentement : le pouvoir administratif, le pouvoir judiciaire ? Quel doit être le rôle du médecin, avant et pendant le séjour ? L’insertion de médiateurs de santé/pairs dans les services de psychiatrie et de santé mentale peut-elle améliorer le recours aux soins, la qualité de la prise en charge des usagers et s’imposer comme l’une des multiples réponses possibles à la diversification de l’offre de soins en France ? Ce ne sont là que quelques pistes qui permettent d’envisager toute une série d’interrogations pluridisciplinaires et transversales. Dans cette perspective, nous nous proposons de réunir historiens, praticiens du droit et psychiatres pour qu’ils échangent leurs points de vue et mettent en lumière les permanences et les ruptures dans l’approche du régime juridique des soins.

Programme
9h00 Discours d’ouverture
Léonard Bernard de la Gatinais, premier avocat général à la Cour de cassation.
Du fou social au fou médical : entre enfermement et soins
Sous la présidence de Vincent Mahé, psychiatre, expert judiciaire près la Cour d’appel de Paris

9h15 La folie meurtrière d’Aelius Priscus, Marc-Aurèle et le gouverneur de la province (Dig. 1, 18, 14).
Philippe Cocatre, professeur à l’université Paris II
9h45 L’organisation de l’hôpital des pauvres insensés de Marseille (1686-1759).
Christine Peny, maître de conférences à l’université d’Aix Marseille
10h15 L’hospitalisation sans consentement sous la Révolution.
Sophie Molinier, maître de conférences à l’université Paris VIII
10h45 Débats

11h00 Pause

11h15 La loi de 1838 : Médecine ou préservation de l’ordre ?
Alexandre Lunel, maître de conférences à l’université Paris VIII
11h45 Le droit français de la psychiatrie est-il soluble Outre-Mer ? Réflexions sur la non-application des lois Esquirol et Evin en Océanie française.
Antoine, Leca, professeur à l’université d’Aix Marseille
Le juge et le fou : le soin entre liberté et sécurité
Sous la présidence de Marie-Hélène Poinseaux, premier vice-président au TGI de Paris.

14h30 Les droits des patients hospitalisés sous contrainte.
Patricia Hennion, maître de conférences HDR à l’université Paris VIII
15h00 Quelle place pour le consentement dans l’hospitalisation psychiatrique ?
François Vialla, professeur à l’université de Pau
15h30 La médiation en santé : une interface novatrice pour l’accès aux droits, à la prévention et aux soins ?
Massimo Marsilli, psychiatre au CCOMS de Lille
16h00 Débats

16h15 Pause

16h30 De la jurisprudence des cours d’appel et de la Cour de cassation : la loi de 2011 en application.
Stéphanie Gargoullaud, conseiller référendaire à la Cour de cassation
Delphine Legoherel, auditeur à la Cour de cassation
17h10 Légitimité et office du juge depuis 2011.
Marion Primevert, vice-président au TGI de Paris
17h40 Débats

18h00 Clôture du colloque
Danielle Tartakowsky, présidente de l’université Paris VIII
Catégories

Droit (Catégorie principale)
Sociétés > Histoire
Lieux

Cour de cassation (Grand chambre) – 5 quai de l’horloge
Paris, France (75001)
Dates

vendredi 13 mars 2015

Pour plus d’information, ici.

  1. No trackbacks yet.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: